1ère heure de cours avec des premières années (en fait, c'était hier, alors c'est tout frais, vous voyez).
Tu récoltes les toutes premières évaluations, le cours se passe bien. Les jeunes sont nombreux dans la classe.
Une bagarre éclate. Deux jeunes cons, c'est tout, de 18 et 17 ans. Des coqs qui se jaugent. Il y a du sang sur les poings, sur une bouche, et les tables sont en bordel.
Eh ben ça commence bien pour un début d'année!!!!
Là, toi, t'es la formatrice, il y a une autre formatrice avec toi en renfort, tous les apprentis de la classe, et ceux d'une autre classe encore (les apprentis sont de sales petits curieux). Et tu dis, Toi tu sors, tu vas au bureau, Toi tu te calmes, tu vas aussi au bureau, une minute après l'autre pour ne pas que vous soyez ensemble. Et puis on verra plus tard pour la sanction, contacter les employeurs, tout ça.
Sèche. Droite. Un peu dépassée quand même.
Eux, ils sont tremblants de nervosité et d'adrénaline. Et ils savent qu'ils ont débordé du cadre, et que maintenant ils vont sans doute prendre cher.
Et là, ce qui est juste dur, c'est de ne pas toucher ce mec en face de soi, prendre sa main, regarder si ça fait mal là où ça saigne. Poser la main sur le bras, apaiser. Dire, Hey, cool, mec, on redescend. On s'assied.
Être comme j'ai envie d'être, comme je suis tout au fond, tellement maman, apaisante, enveloppante.
Repose toi, calme toi. Et tu parles si t'as envie de parler, mais honnêtement, je m'en fous de connaitre le pourquoi du comment. Je n'ai pas envie de te faire la morale.
On ne se comporte pas toujours comme on a toujours envie d'être. Il y a le cadre, ce pourquoi on est payée.
Dans le même ordre d'idée...
Je suis doula. Une mère me confie ses difficultés avec son enfant, son mari, le cododo dur à gérer, cet enfant déjà grand qui prend tellement de place, elle qui ne travaille pas, cet homme qui ne trouve pas sa place.
Et là... Des fois tu n'es plus tout à fait doula, douce et non-jugeante. Tu es une femme qui se dit que la situation, elle craint du boudin parce que cette maman-là, elle n'a jamais pensé à laisser au père sa place de père, parce que son enfant, c'est trop tout pour elle et que si elle se foutait un coup de pied au cul pour participer au monde qui l'entoure, ça irait peut être mieux.
Des fois, tu n'as plus trop envie d'être dans l'empathie et de comprendre.
Démerde toi.
Mais il y a le cadre, et ce pourquoi on a fait appel à vous, ce pourquoi on s'est formée.
On prend du recul. Tout ça, ce qu'elle me raconte, ce n'est pas ma vie. Ce sont ses choix, pas les miens. Il ne me faut jamais longtemps pour reprendre ma place, retrouver l'écoute en l'empathie et de ne pas penser à "ce qu'il faudrait" ou "ce que moi je ferais". Pour être avec la maman.
Et on est doula. Ou formatrice.
Je vous rassure, il y a de merveilleux entre-deux, des cas où on est juste à sa place. Ou de merveilleux moments où on se sent comblée comme doula, ou comme formatrice, à part entière.